Le Secrétaire général de l'OMI déplore la situation critique que vivent les gens de mer; des marins témoignent dans une nouvelle vidéo.

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Dans une déclaration diffusée le 10 décembre à l'occasion de la Journée des droits de l'homme, le Secrétaire général de l'OMI, Kitack Lim, a invité tous les acteurs des chaînes logistiques et d'approvisionnement à défendre les droits de la personne dans tout le secteur maritime.

La Journée des droits de l'homme des Nations Unies pointe les projecteurs sur l'importance du respect des droits de la personne lors de la reprise post-COVID.  À l'occasion de cette journée, l'OMI met l'accent sur le sort des centaines de milliers de marins qui sont toujours bloqués en mer et lance un appel fort au respect de leurs droits fondamentaux.

On estime qu'environ 400 000 gens de mer sont présentement bloqués à bord de navires au-delà de la fin initialement prévue de leurs contrats et sont dans l'incapacité d'être rapatriés en raison des restrictions aux déplacements liées à la COVID-19. Certains travaillent en mer depuis plus de 18 mois, ce qui dépasse largement la limite de 11 mois fixée par la Convention du travail maritime (CTM) de l'Organisation internationale du Travail (OIT). Un nombre équivalent de gens de mer sont coincés chez eux et dans l'incapacité de rejoindre les navires pour y travailler et ainsi subvenir aux besoins de leur famille.

Dans une déclaration diffusée le 10 décembre à l'occasion de la Journée des droits de l'homme, le Secrétaire général de l'OMI, Kitack Lim, a invité tous les acteurs des chaînes logistiques et d'approvisionnement à défendre les droits de la personne dans tout le secteur maritime. « Malheureusement, les droits fondamentaux des marins, des pêcheurs et des autres travailleurs du secteur maritime ont été compromis pendant la pandémie », a déclaré M. Lim.  « Il s'agit clairement d'une question de droits fondamentaux. Cette situation entraîne une pression énorme, de la fatigue et de l'épuisement, ce qui n'est pas viable. »

Les travailleurs du secteur maritime ont été en première ligne pendant la pandémie, assurant la livraison de denrées alimentaires, de médicaments et de biens essentiels partout dans le monde. Cependant, les marins ne peuvent pas rester en mer en mer indéfiniment. Le Secrétaire général a prévenu que le fait de ne pas protéger les droits des marins, des pêcheurs et des autres travailleurs du secteur maritime mettra en péril la sécurité de la navigation et aura un effet néfaste sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. (Le message complet du Secrétaire général se trouve à la fin de ce communiqué.)

Des marins bloqués en mer témoignent dans une nouvelle vidéo de l'OMI

Afin de sensibiliser à l'importance de cet enjeu, l'OMI a lancé une vidéo dans laquelle des gens de mer décrivent les défis auxquels ils ont dû faire face en raison de la pandémie, de même que les conséquences de la crise des relèves d'équipages sur leur santé physique et mentale.


 


Parmi eux, le chef mécanicien britannique Matt Forster a vu son contrat initial de dix semaines prolongé et a passé un total de six mois en mer. « Ce qui causait le plus gros impact psychologique, c'est que nous ne pouvons pas savoir quand cela allait prendre fin. Aucun d'entre nous ne s'est engagé à cela. Tout ce que nous voulons, c'est nous rendre au travail, faire notre travail, puis rentrer chez nous. Nous ne nous étions pas engagés à vivre ce qui nous semblait comme une peine de prison injustifiée », a-t-il déclaré.

Le capitaine américain Hedi Marzougui note que le séjour prolongé à bord du navire a eu un impact important pour son équipage et lui-même. « Plus vous restez longtemps à bord, plus vous êtes fatigué physiquement. Les heures, puis les semaines et les mois commencent à s'additionner. Vous devenez très fatigué et vous n'êtes pas aussi vif que lorsque vous faites votre quart de travail habituel », a expliqué M. Marzougui, en ajoutant que la fatigue et l'épuisement peuvent causer des accidents.

Le capitaine Marzougui a lancé un appel au monde entier afin qu'une aide soit apportée aux gens de mer toujours bloqués à bord des navires. « Nous avons aussi des droits en tant qu'êtres humains, nous avons une famille à nous. Nous avons une vie à laquelle nous souhaitons retourner. Nous ne sommes pas des robots. Nous ne devrions pas être traités comme des citoyens de seconde classe », a-t-il déclaré.

Parmi les gens de mer qui se sont retrouvés dans l'impossibilité de rejoindre les navires en raison des restrictions aux déplacements, le troisième officier indien Pankaj Gautham raconte qu'il a eu du mal à subvenir aux besoins de sa famille. « C'était une crise financière pour moi, et c'était une période difficile », a-t-il affirmé.

L'action menée par l'OMI pour protéger les droits des gens de mer

En cette Journée des droits de l'homme, l'OMI invite tous les Gouvernements qui ne l'ont pas encore fait à désigner les marins et le personnel maritime comme travailleurs clés, avec toutes les exemptions que cela implique en matière de déplacements, de transit et de vaccination, et de permettre aux gens de mer de voyager en utilisant les protocoles approuvés par l'OMI sur la relève des équipages. Dans une résolution adoptée le 1er décembre, l'Assemblée générale des Nations Unies a demandé aux États Membres de l'ONU de désigner les marins et autres membres du personnel maritime comme travailleurs clés.

L'équipe de gestion de crise pour les gens de mer de l'OMI continue de venir en aide aux marins qui se trouvent dans des situations désespérées, en défendant leurs droits fondamentaux à des conditions de travail décentes, un traitement équitable, un accès à des soins médicaux à terre et au rapatriement. L'équipe a ainsi assisté des milliers de gens de mer cette année.

Message du Secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), Kitack Lim, à l'occasion de la Journée des droits de l'homme des Nations Unies, le 10 décembre 2020

En ce 10 décembre 2020, Journée des droits de l'homme, l'Organisation maritime internationale (OMI) joint sa voix à celle de la famille des Nations Unies pour défendre les droits de la personne. Au moment où nous traversons la pandémie de COVID-19, nous devons travailler ensemble à reconstruire un monde plus durable, plus résilient et plus juste, en maintenant les droits de la personne au cœur de tout ce que nous faisons.

Les gens du secteur maritime ont été en première ligne pendant la pandémie. Les marins, le personnel maritime, les travailleurs portuaires et les pêcheurs ont livré des denrées alimentaires, des médicaments et des biens essentiels pour l'économie mondiale. Ces personnes joueront un rôle fondamental dans la reprise post-COVID. Leurs droits à des conditions de travail sûres et décentes doit être reconnu, respecté et protégé.

Malheureusement, les droits fondamentaux des marins, des pêcheurs et des autres travailleurs du secteur maritime ont été compromis pendant la pandémie. Des centaines de milliers de gens de mer, qui sont essentiels au maintien des chaînes d'approvisionnement, demeurent bloqués en mer depuis des mois, bien au-delà de la durée initiale de leur contrat. Un nombre équivalent de gens de mer sont coincés chez eux et dans l'incapacité de rejoindre les navires pour y travailler et ainsi subvenir aux besoins de leur famille. Il s'agit clairement d'une question de droits fondamentaux. Cette situation provoque une pression énorme, de la fatigue et de l'épuisement, ce qui n'est pas viable.

Si l'on ne protège pas les droits des marins, des pêcheurs et des autres travailleurs du secteur maritime, et si l'on ne résout pas la crise des relèves d'équipages, cela aura un impact néfaste sur la sécurité de la navigation et les chaînes d'approvisionnement mondiales. Plus la situation persiste, plus les effets seront graves. 

En cette Journée des droits de l'homme, je demande à tous les gouvernements qui ne l'ont pas encore fait de désigner les marins et le personnel maritime comme travailleurs clés, avec toutes les exemptions que cela implique en matière de déplacements, de transit et de vaccination. Je ne suis pas seul à lancer cet appel. L'ensemble des Nations Unies joint sa voix à la mienne, comme en témoigne l'adoption récente, par l'Assemblée générale, de la résolution A/75/L.37, intitulée « Coopération internationale face aux difficultés connues par les gens de mer à cause de la pandémie de COVID-19 et en appui aux chaînes d'approvisionnement mondiales. » 

L'équipe de gestion de crise pour les gens de mer de l'OMI est intervenue dans des centaines de cas individuels, aidant des gens de mer qui se trouvent dans des situations désespérées. Au centre de ce travail se trouve la volonté de garantir le respect des droits fondamentaux, des conditions de travail décentes, un traitement équitable, l'accès aux soins médicaux à terre et le rapatriement, conformément à l'objectif de développement durable 8, soit un travail décent pour tous.  

Nous devons également continuer à nous pencher sur la question de l'abandon des gens de mer. Le nombre de cas a augmenté considérablement en 2020. À ce jour, 65 nouveaux cas ont été signalés, contre 40 en 2019.  Parmi ces nouveaux cas, seuls 18 ont été résolus jusqu'à présent. Près du tiers des cas signalés cette année sont directement liés à la pandémie de COVID-19. Nous continuons à travailler avec l'Organisation internationale du travail (OIT), les États Membres et nos partenaires du secteur et des syndicats afin de tenter de résoudre ces cas, sur la base de notre responsabilité collective et de notre devoir en tant qu'êtres humains.  Bien que les causes de l'abandon de gens de mer sont multiples, elles ont toutes un impact humain majeur qu'il faut tenter de résoudre.

Cette année, la Journée des droits de l'homme est l'occasion de mettre l'accent sur les droits des travailleurs essentiels, y compris ceux du secteur maritime. Nous dépendons tous d'eux.

J'invite toutes les personnes impliquées dans les chaînes logistiques et d'approvisionnement à agir pour défendre les droits de la personne dans l'ensemble du secteur maritime et pour un traitement équitable, en veillant à ce que les droits des marins, des pêcheurs et des autres membres du personnel maritime soient prioritaires dans leurs plans de responsabilité sociale d'entreprise.

Aujourd'hui, je défends les droits de la personne pour reconstruire un meilleur avenir après la pandémie : ferez-vous de même?