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Des gens de mer témoignent des impacts de la pandémie

 


La pandémie de COVID-19 a plongé des gens de mer du monde entier dans des situations sans précédent et souvent désespérées. En date de juillet 2020, plus de 200 000 marins sont bloqués sur des navires et attendent d'être rapatriés, et un nombre similaire de gens de mer sont bloqués chez eux et attendent avec impatience de rejoindre les navires pour gagner leur vie.

Des gens de mer du monde entier ont accepté de partager un aperçu des défis auxquels ils sont confrontés pendant la pandémie. Voici leurs témoignages.

Matt, coincé en mer loin de sa famille

Matt est un chef mécanicien de 35 ans, originaire du Royaume-Uni. Ses collègues et lui-même n'ont pas pu être rapatriés, même si leurs contrats initiaux ont pris fin il y a des mois. En effet, il a été impossible de procéder à la relève de l'équipage en raison des fermetures de frontières et des exigences en matière de visas. Il explique qu'il est difficile d'être ainsi éloigné de ses deux enfants, âgés de 8 et 12 ans.

Pouvez-vous décrire votre situation actuelle et les difficultés auxquelles vous êtes confronté?

« Mon contrat, comme celui de la plupart des membres d'équipage à bord, est maintenant terminé depuis longtemps. Les officiers à bord avons des contrats qui prévoient une rotation après 10 semaines. La plupart d'entre nous sommes maintenant à bord depuis six mois. Certains depuis plus longtemps. C'est encore pire pour les membres de l'équipage. Leurs contrats sont d'une durée de neuf mois et l'un des mécaniciens est à bord depuis 15 mois. La principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés est liée aux relèves d'équipages. Nous naviguons principalement au Moyen-Orient et en Asie. À l'heure actuelle, la plupart des pays de cette région ont des réglementations très strictes qui rendent les changements d'équipage presque impossibles. »

Comment vous sentez-vous par rapport à cette situation?

« Je crois que nous sommes passés par toute la gamme des émotions, pour être honnête. Beaucoup de colère au début en voyant les frontières se fermer les unes après les autres. Cependant, nous étions conscients des risques pour la santé, et nous pouvions comprendre pourquoi cette situation se produisait. Nous avons tenté de garder espoir, mais le temps a passé et il semble que peu de choses ont changé. Personnellement, je me sens déçu et découragé de constater que peu de choses semblent faites. Il y a beaucoup de paroles mais pas d'action. »

Comment vivez-vous cet éloignement?

« C'est difficile, vraiment difficile. J'ai déjà fait de longs contrats auparavant, mais cette situation est différente. Il y a un impact psychologique, puisqu'il n'y a pas de fin en vue. Cela affecte beaucoup plus la vie familiale. Mes enfants me demandent toujours à quel moment je rentrerai à la maison. C'est difficile à expliquer. Certains d'entre nous à bord ont appris que des membres de leur famille avaient attrapé la COVID-19 et cela a été très difficile à gérer. Heureusement, ils s'en sont tous sortis. »

Quelle est l'ambiance à bord?

« Elle change chaque jour. Certains jours, les gens sont optimistes, et le lendemain, ils sont déprimés. En tant que membre de l'équipe de direction à bord, j'essaye d'entretenir l'espoir que les choses vont changer, mais c'est difficile. Nous tentons de former un groupe serré pour veiller les uns sur les autres. Certaines personnes à bord trouvent cette situation plus difficile, nous devons donc les surveiller de près. »

Quel message souhaitez-vous envoyer au monde?

« Je dirais qu'en tant que marins, nous avons fait plus que notre part durant cette pandémie. Nous avons fourni aux pays tout ce dont ils pouvaient avoir besoin : des équipements de protection individuelle et des fournitures médicales, du pétrole et du gaz pour faire fonctionner les centrales électriques, de la nourriture et de l'eau pour nourrir la population. Tout ce que nous voulons en retour, c'est de pouvoir rentrer chez nous et nous reposer. Permettre à nos secours de venir prendre le relais, afin qu'à terme, nous puissions faire de même pour eux. Nous tenons le coup, mais nous sommes fatigués physiquement et mentalement. Nous avons besoin du soutien des gouvernements du monde entier pour nous permettre de transiter par leurs pays sans restrictions. Les contraintes liées à la durée de validité des visas doivent être réduites ou complètement éliminées. Il faut que cela se fasse maintenant. Les délais auront un effet néfaste sur le secteur maritime. Il y a eu plus qu'assez de temps pour des discussions. Nous avons besoin de voir des gestes concrets. »

Raphaël, épuisé après un an à bord 

Raphael* est un marin de 33 ans originaire des Philippines. Il est en mer depuis 12 mois et n'a eu aucune permission à terre. Il devait rentrer auprès de sa femme et leurs deux enfants en avril, mais il n'a pas pu être rapatrié en raison des fermetures d'aéroports. Il décrit les conséquences de cette longue période à bord sur sa santé physique et mentale.

Quelle est votre situation en ce moment?

« Je suis fatigué, épuisé et désespéré. Je suis en mer depuis déjà 12 mois. Et nous ne savons pas quand je pourrai voir mes enfants et ma famille. C'est très frustrant. J'essaie chaque jour de me montrer courageux. »

Pourquoi ne pouvez-vous pas rentrer chez vous?

« Je devais rentrer à la maison en avril, mais tous les aéroports ont été fermés. Il est impossible de rentrer en avion et les quarantaines dans des hôtels sont coûteuses. Par conséquent, ils ont décidé de ne pas nous relever. Mon retour à la maison a déjà été annulé quatre fois. Je ne sais pas ce qui se passe. Nous livrons la cargaison et les marchandises mais ils nous ferment les frontières. »

Quelle est l'ambiance à bord?

« Tendue. Nous voulons tous rentrer chez nous. Certains d'entre nous sommes maintenant à bord depuis 13 mois. Certains auront bientôt passé 14 mois sur le navire. A tous les gens de mer, soyons forts. Cette pandémie prendra fin, puis nous pourrons rentrer chez nous. »

Craignez-vous pour votre sécurité?

« Oui, puisque notre santé mentale est mise à rude épreuve. Nos esprits sont dans un autre monde. Nous marchons sur une corde raide. S'ils ne peuvent pas nous renvoyer à la maison, la seule chose à faire est de réduire notre charge de travail. Nos quarts de travail sont toujours de 12 heures. »

Vikram, incapable de rejoindre son navire en raison de la pandémie

À 33 ans, Vikram travaille à bord des navires depuis déjà 11 ans. Il est maintenant second mécanicien. Originaire de l'Inde, il est marié et a deux enfants : un garçon de trois ans et une fille née il y a quelques mois. Il a tenté de rejoindre un navire afin d'y travailler, mais cela a été impossible. Il explique que la pandémie s'est traduite par une incertitude financière pour sa famille.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en tentant de rejoindre un navire?

« La compagnie qui m'emploie déploie constamment des efforts pour assurer le rapatriement des membres d'équipage. Ils sont toujours là. Mais ils ne bénéficient pas d'un soutien adéquat de la part du gouvernement. Le 8 juillet, je me suis déplacé de mon domicile vers une autre région afin de rejoindre un navire. J'ai été placé en quarantaine dans un hôtel pendant trois jours. J'ai été testé pour la COVID-19 et le résultat était négatif. Le 10 juillet, j'ai reçu un appel m'annonçant que la relève d'équipage était annulée et me demandant de rentrer chez moi. On m'a expliqué que les marins qui devaient débarquer étaient des ressortissants étrangers et qu'ils ne seraient pas autorisés à entrer au pays, ce qui forçait l'affréteur à changer le cap du navire. À ce stade, il n'y avait aucune autre option. J'ai donc dû rentrer à la maison et suivre les règles et les consignes modifiées imposées par l'État. Au cours de ce voyage, je me suis senti vulnérable et j'ai eu peur d'être exposé au nouveau coronavirus. Il y a tant de risques. Je suis maintenant chez moi, et les autorités locales m'ont demandé de rester en quarantaine à mon domicile pendant 14 jours. Mon fils de trois ans et demi me regarde à travers une vitre depuis une autre pièce, et je ne peux pas prendre dans mes bras ma fille de quatre mois, parce que je dois rester en isolement. C'est une situation vraiment terrible. »

Comment vous sentez-vous par rapport à cette situation?

« Je suis un peu frustré par la façon dont les gens de mer sont traités et je suis parfois triste lorsque je pense à cette situation de façon négative. Lorsque je suis débarqué, le 23 décembre, ma femme était enceinte de six mois. J'ai pris soin d'elle et j'ai été présent auprès d'elle en tout temps jusqu'à ce qu'elle mette le bébé au monde. Je me demande combien d'épouses attendent leur mari, combien de pères et de mères attendent de voir leurs fils. Même si un marin perd son père, sa mère, son frère, sa sœur, son fils ou sa fille, il ne pourra pas débarquer en ce moment. »

Craignez-vous pour l'avenir financier de votre famille?

« Certainement, et c'est pourquoi j'ai besoin de ce travail. Notre situation financière est toujours sous contrôle et je peux faire vivre ma famille pour au moins les trois prochains mois, à moins qu'une autre situation de crise ne se produise. Mais je me demande ce qu'il adviendra après cela. Espérons que nous n'aurons pas à faire face à des urgences médicales. Sinon, je ne sais pas qui sera là pour m'aider. »

Quel message souhaitez-vous envoyer au monde?

« S'il vous plaît, reconnaissez la contribution des gens de mer, aidez-les et soutenez-les. Au moment où le monde était complètement sur pause, il s'agit d'un secteur qui a fonctionné en permanence dans des conditions diverses. Sans marins pour travailler sur les navires, un navire ne pourra jamais naviguer. »

M. Verma, qui a du mal à nourrir sa famille 

Âgé de 26 ans, M. Verma* travaille comme marin depuis deux ans pour subvenir aux besoins de ses parents et de son jeune frère. Il est bloqué chez lui sans salaire depuis dix mois, puisqu'il lui a été impossible de prendre un vol international pour rejoindre un navire. Il a de plus en plus de mal à subvenir aux besoins de sa famille.

Quelle est votre situation en ce moment?

« Je suis à la maison depuis dix mois. Sans salaire, il est difficile d'assurer ma subsistance et celle de ma famille. C'est particulièrement difficile pour ceux qui sont d'un rang inférieur, parce que le salaire est inférieur à 1000 dollars. Combien de mois pouvez-vous survivre avec cette somme? Mon remplaçant en est maintenant à son 10e mois à bord. Je peux donc dire qu'il a besoin d'être relevé, mais je n'ai aucun moyen de rejoindre le navire. La compagnie a déclaré qu'il n'était pas possible de procéder aux relèves d'équipage en raison du manque de vols commerciaux internationaux. »

Comment vous sentez-vous par rapport à l'impossibilité de rejoindre un navire?

« Je dois trouver une façon de nourrir ma famille. La situation est difficile, mais j'essaie de survivre en vendant des légumes. C'est facile de dire « restez à la maison », mais lorsque vous avez des responsabilités, vous devez agir. Je ne peux rien faire pour changer cette situation, alors j'attends simplement le retour de jours meilleurs. Je fais tout cela pour mes parents et mon frère. »

Quel message souhaitez-vous envoyer?

« Mon message est très simple : je comprends que travailler à bord pendant une longue période est difficile à cause du stress et de la fatigue, mais survivre à terre sans revenu est aussi très difficile. S'il vous plaît, pensez aussi aux gens de mer qui sont à la maison de puis plus d'une demi-année. Je parle non seulement en mon nom personnel, mais au nom de tous ceux qui sont confrontés au même problème. Faites quelque chose, s'il vous plaît. »

*pseudonyme